Imposteurs

À travers la fugace explosion de 77, c’est le monde qui avait changé. Au delà de la musique, il faut se réinventer une approche des choses, une façon d’écrire l’histoire différemment. C’est un romantisme oublié que les Imposteurs pratiquent avant tout, avec ses valeurs ressurgies soudain de l’aube des sixties…

Éric T. Lurick

À force d’acheter des 45 tours aux pochettes ornées de Vespas, Claude Prat est vite repéré par le disquaire de l’Oreille d’Or, Philippe Bodet, qui comme lui nourrit quelques ambitions musicales. Une collaboration est rapidement conclue entre les deux novices.

Les premières répétitions à deux commencent dans l’appartement que Claude partage avec son amie Marianne Seszny. Comme elle vient d'acheter une rutilante batterie aux il est vite évident pour elle d’y participer aussi. À ce stade, le trio ainsi constitué a un nom : les Imposteurs.

Fort de quelques accords supplémentaires, les progrès de Claude sont manifestes et plus rapides que ceux de Philippe qui laisse tomber sa guitare Roger ¼ de caisse et décide de se mettre à la basse. Il reste encore à régler un sujet épineux : le chant.

Martine Manzano des Horsex était disponible et j’avais naturellement pensé à elle comme chanteuse. Pour des raisons obscures cela ne convenait pas à mes partenaires. Mais peut-être avaient-ils déjà une autre idée derrière la tête…

Philippe Bodet (Les Imposteurs, Wild Disney, Les Crabes, Les Orques)

Une proposition qui semble pourtant judicieuse. Dans ce refus, il n’y a probablement pas d’autre idée derrière la tête que de monter un projet avec des gens totalement neufs. Les Horsex font partie du paysage depuis 1978. Autant dire un lustre !

À l’automne 1980, Claude fait une rencontre sur les bancs de la fac qui bouleverse le plan initial. Dominique Glad est lui aussi un fanatique du revival mod. L’idée de le greffer aux Imposteurs à la seconde guitare se met à germer. Cette fois-ci, c’est Philippe qui n’est pas très chaud.

Je ne voyais pas l’intérêt de prendre un type encore plus inexpérimenté que nous. Comme Dominique sortait avec Loukoum, la chanteuse de Toxique, je craignais qu’elle fasse partie du pack. J’ai cédé à condition qu’il ne l’impose pas comme chanteuse. En plus cela faisait beaucoup de parkas dans le groupe et moi je n’étais pas un mod.

Philippe Bodet (Les Imposteurs, Wild Disney, Les Crabes, Les Orques)

Le groupe investit le local de Dorian Gray pour ses premières répétitions à quatre. La place de chanteur ou de chanteuse reste à prendre. Accessoirement, un autre petit détail devient un sujet de discussions : le nom du groupe.

Dominique propose ’A’ Bomb d’après un 45 tours de Jam. Mais Philippe n’a jamais aimé cette chanson. Et pour pousser le bouchon encore plus loin – Martine Manzano ayant fini par aller voir ailleurs avec Dorian Gray – il doit se résoudre à accepter une autre Martine, soit Loukoum de .

Dominique avait lui aussi un projet. J’ai du faire un choix. A un moment, je crois très court, Dominique était d’accord, et réciproquement, d’y associer Philippe, mais tout a capoté et là, Philippe a laissé tomber quand il a vu que Martine n’avait pas sa place.

Claude Prat (les Imposteurs, ’A’ Bomb, les Incorruptibles, Africa Corps, Visitors, Globe-Trotters, Marauders)

L’imagerie scooter/parkas prend le dessus et on les affuble du sobriquet les mods comme en témoigne cet entrefilet paru dans le no 2 du fanzine Groupie : les mods de Strasbourg, n’ont pas tenu l’hiver (des problèmes de scooter les gars ?). Et pourtant ils avaient de magnifiques parkas…

Loukoum était une bonne chanteuse mais absolument pas dans notre style et je manquais d’expérience musicale pour lui adapter nos morceaux. D’autre part il était certain que nos relations seraient conflictuelles : ni l’époque ni nos caractères respectifs ne permettaient des compromis. J’ai quitté le groupe car je n’en pouvais plus de ces conflits d'egos, de l’impasse musicale où l’on s’était fourrés, de ces quatre toujours en retard d’une heure au minimum aux répétitions (les gars passaient plus de temps à côté de leur Vespa à les pousser, que dessus), et de leur ridicule casque bol vissé sur la tête.

Philippe Bodet (Les Imposteurs, Wild Disney, Les Crabes, Les Orques)

Nés dans une effervescence et un sentiment d’urgence caractéristiques de 1980, les Imposteurs sont typiques de ces groupes éphémères aux remaniements incessants dont nombre de musiciens évolueront vers de nouveaux horizons. Ici, ’A’ Bomb, les Visitors et les Crabes.


Note : il n’existe pas de photos des Imposteurs. J’ai ainsi pris la liberté d’utiliser ce superbe cliché de Philippe Bodet et Martine Manzano par Jean-Louis Hess (datant probablement du temps ou les deux animaient les Crabes) pour illustrer cet article.

Formation

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