Civils

Les Civils

Au début des années 80, le rock prend conscience de lui-même, de ses moyens et de ce qu’il ne peut abandonner sous peine de se renier. Il faut tenir compte du retour de l’énergie et la fonder dans la durée. Les Civils s’engagent à grand pas dans cet état d’esprit nouveau.

Éric T. Lurick

Printemps 1980. Jean-François Lorenzi quitte les Horsex et part dans le sud de la France pour effectuer ses obligations militaires. Le groupe devient les Torches et réintègre Kinou – l’éternel intérimaire – à la batterie le temps d’un concert après lequel Martine Manzano part changer d’air chez .

L’échéance des obligations militaires est également proche pour le reste de la bande ce qui leur inspire un nouveau nom : les Civils. Sur certaines photos on peut encore voir sur le col de la chemise de Raphaël Michot l’insigne aux torches entrecroisées qui les avait précédemment inspiré.

Jean-François Lorenzi qui avait passé quelques semaines dans un hôpital psychiatrique à Marseille pour se faire réformer et qui s’était ensuite mit au vert en Corse est enrôlé d’office dans cette nouvelle incarnation du groupe dès son retour à Strasbourg.

Ne pas renouveler les errances du passé, tel est le credo des Civils : en tentant de faire des chansons avec les Horsex, on avait viré pop mais, surtout, le tempo avait très salement ralenti et nous voulions recommencer à jouer vite.

Après des semaines de dur labeur, le groupe s’améliore et conjugue maintenant idéalement l’esprit rock à la séduction pop. L’évolution de Chris Sanglot est particulièrement perceptible. À bien des égards, son jeu de basse est fortement inspiré par Bruce Foxton (The Jam) et par Paul Simonon (The Clash).

La musique des Civils est nette, enracinée dans la grande tradition guitare/basse/batterie. On sent poindre l’influence du Clash sur des chansons comme Adieu les Vieux ! tandis ce que le son global, sec et nerveux, ainsi que leur allure de dandys les rapproche de facto du modernisme de Jam.

Session FR3 Alsace : Adieu les vieux !

Dans cette chanson ils fustigent la valse des revivals et on jurerait presque que le premier couplet vise les mods de : Tu vis dans un musée / Adieu les Vieux ! / Tu écoutes les Kinks / Adieu les vieux ! / Tu rêves de Quadrophenia / Adieu les vieux ! / En roulant sur ta Vespa / Adieu les vieux ! […].

Quelques mesures plus loin : Si tu as mon âge écoutes ce que je dis / Je dis que cette époque est bien finie / Mon grand-père aussi avait des loisirs / Mais la nostalgie n'a pas d'avenir / Alors je dis adieu les vieux ! et puis Raphaël répète narquoisement : Bonsoir les morts !.

Ce qui ne manque pas de piquant si l’on songe que les deux groupes anglais cités plus haut dont les Civils seraient de lointains cousins français sont eux aussi en pleine digestion des années soixante pour en faire le support aigu de la vision de leur réalité. C’est dans l'air du temps !

On est sorti du local la première fois pour jouer live dans une émission de Sylvie Demange le 24 décembre 1980. Elle avait eu l’idée saugrenue de la faire le matin de la veille de Noël dans le grand auditorium de FR3 ouvert au public. Comme ça démarrait à 9 heures du matin, le public est resté au lit (pas un rat !). On a joué sept chansons en trois ou quatre sets entre 9 heures et midi.

Raphaël Michot (les Blankets, les Horsex, les Civils, les Têtes Brûlées, les Buck Dany’s)

Le premier vrai concert à lieu à L’Amphi 7 le 3 avril 1981 lors d’un festival avec et les Blue Caps. Un autre au le 8 avril. À cette occasion, Didier Poux, le guitariste de Flash Gordon, les rejoint à la fin du set pour Roxette de Dr. Feelgood et Mr. Clean de Jam.

Des tentatives de fusion entre les deux groupes ont lieu depuis l’automne 1980. Au printemps, seul Didier est encore concerné. Il est définitivement débauché – non sans tractations interminables – après avoir participé au rappel du concert du 20 mai au Fossé-des-Treize.

Le premier concert à quatre se déroule à la salle de la Bourse le 21 juin 1981, le soir de la victoire des socialistes aux législatives, dans une fête où ils s’incrustent aux côté du groupe de bal (les Joyeux Vignerons !) qui anime les lieux. Ils jouent principalement des reprises de rock’n’roll !

Au mois d’août, quatorze titres sur lesquels Didier Poux se greffe dans l’urgence sont enregistrés en un après-midi au studio Week-end de Guy Mas. Quelques maisons de disques sont démarchées. Sans résultat.

Le 20 septembre ils sont programmés au Rose Bonbon à Paris mais parce qu’un groupe parisien homonyme commence à se faire une réputation dans le circuit ils y apparaissent sous le nom de X-men. Patrice Fabien de CBS est dans la salle.

Après le concert, Patrice Fabien est venu nous voir dans les loges avec son poulain Eric Viali des Blessed Virgins qui démarraient fort. Il voulait des groupes français inconnus pour une compilation prévue chez CBS. Son idée était de les convaincre de créer un label uniquement de rock français. Il nous a fait enregistrer une démo brute dans leurs studios. Je ne sais pas ce qui s’est passé chez eux en interne mais il a quitté CBS ensuite pour monter Reflexes. Et comme on n’avait pas de manager, j’imagine qu’on a dû le relancer très mollement et même plutôt pas du tout. La vérité est qu’on était pas vraiment ambitieux et je ne me souviens pas qu’enregistrer un disque ait été longtemps un sujet de préoccupation pour nous.

Raphaël Michot (les Blankets, les Horsex, les Civils, les Têtes Brûlées, les Buck Dany’s)

À son retour, le groupe sillonne la région. La Péniche à Mulhouse sous l'appelation les Païens, puis à nouveau les Civils au club Miramar à Strasbourg (pour finir d’écouler le stock d'affiches). Chris Sanglot suggère ensuite Têtes Brûlées (officiellement sans article pour éviter un nom en trois mots !).

Depuis le Rose Bonbon il s’agit d’éviter la confusion avec les Civils de Paris car La crise économique est devenu un des succès incontournables de la nouvelle vague française. Le groupe apparait pour la première fois en tant que Têtes Brûlées le 11 novembre 1981 au Studio 80.

À suivre…


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